Je suis toujours surpris, comme récemment encore dans le très recommandable
You're Not Fooling Anyone When You Take Your Laptop to a Coffee Shop de John Scalzi,
des portraits à charge d'aspirants auteurs alignants des phrases sans queue ni tête,
parsemées d'une ponctuation aléatoire (on ne parle pas des inévitables coquilles,
ou même d'auteurs un peu en froid avec l'orthographe, mais de cas quasi-pathologiques).
J'ai bien sûr eu l'honneur et l'avantage occasionnel de parcourir les productions
d'auteurs adolescents mais, persuadé avec Scalzi qu'il est bien plus facile d'apprendre
à écrire grammaticalement que de faire publier un texte illisible, je ne m'y attends
pas de la part d'auteurs adultes,
a fortiori dans les livres que
j'achète, même
via le net, même à de petits éditeurs.
A fortiori, j'assume le préjugé selon lequel ce genre de texte n'a aucun intérêt :
quelles idées nouvelles attendre d'un soi-disant écrivain dont le niveau culturel
ne semble pas dépasser le cours élémentaire ?
Je reste donc un peu étourdi de ma dernière lecture,
The Seven Starlings.
Il y a quelques idées SF raisonnablement originales, assez pour un roman décent.
Il y a une poignée de personnages pas inintéressants. Il y a de l'action,
des rebondissements pas tous téléphonés. Et personne n'a expliqué à l'auteur
qu'un point se mettait à la fin d'une phrase plutôt qu'au milieu, que les virgules
signalaient une respiration, que les longues tirades explicatives, si l'on ne pouvait
vraiment pas s'en passer, pouvaient à l'extrême rigueur se caser dans des notes
de bas de page, mais pas entre crochets, au milieu d'une phrase.
Et cetera,
ad nauseam.
Langue massacrée (heureusement, c'est de l'anglais), trame narrative écartelée,
travail éditorial inexistant : d'un autre auteur, je n'aurais pas tenu plus d'une
demi-page.
Pourquoi en parler ici, donc ? Parce que ce roman est signé "Jubal Harshaw"
— du nom du sybarite polygraphe de
Stranger in a Strange Land. Mieux : le
recueil (puisqu'une novella s'ajoute au roman) s'appelle
Robert Heinlein's Shadow,
l'auteur se réclamant explicitement de son « auteur favori », et ne craignant
pas d'offrir sa plume pour nous régaler des romans que celui-ci n'a pas eu
le temps d'écrire.
Finalement, je trouverais presque des circonstances atténuantes à Spider Robinson !