Dans l'une des
flame wars dont internet est friand ("RaceFail '09")
le web SF américain bourdonne de la question du [url=http://whatever.scalzi.com/2009/03/12/mary-ann-mohanraj-gets-you-up-to-speed-part-i/]privilège des auteurs
blancs[/url] et de leur possible racisme inconscient.
Parmi les intervenants intéressants et presque raisonnables, cela m'a permis
de découvrir Mary Anne Mohanraj, auteur "
Poc" (si, si : "
Person of Color"),
qui soutient en particulier, sur
son blog, que l'emploi exclusif, dans
une fiction, de "personnages génériquement blancs" (plus ou moins
implictement), est non seulement en soi un choix d'écriture racialisée,
mais un geste politique qui renforce l'omniprésence culturelle de ces
archétypes.
Elle explique aussi :
Mary Anne Mohanraj wrote:
Je viens de relire du Heinlein et, même si j'éprouve toujours une grande
tendresse pour le vieux bonhomme, ses femmes sont si douloureusement
irréalistes, manquent tellementd 'identité, que je n'arrive pas à les voir
comme de vraies personnes. Ce qui signifie que je ne m'attache pas à elles,
et donc que, à un niveau profond et intime, l'histoire échoue.
Heinlein est un exemple de mauvaise écriture d'une identité sexuelle
particulière. Bien sûr, lorsque nous essayons de transcrire sur le papier
une identité que nous ne connaissons pas bien, il y a toujours un risque
d'échec. Savoir qu'on pourra être critiqué pour cela peut amener des
auteurs à hésiter, à n'essayer d'écrire que ce qu'ils pensent être sûr,
ce qu'ils connaissent. Mais comment pourriez-vous peupler une histoire
entière de personnages qui vous resssemblent tous exactement ?
Vous devez au moins essayer de sortir de ce ce savoir.
Difficile de lui donner tort sur le principe, mais je trouve sévère
le choix d'Heinlein comme illustration.
Tout d'abord — s'il faut le prendre comme exemple, c'est peut-être
bien à l'inverse d'un des très rares auteurs capables de peupler un fort
volume de personnages qui sont tous, peu ou prou, lui-même :
c'est tout le jeu du
Number of the Beast !
D'autre part — les personnages féminins de Heinlein auxquels
une "vraie" femme ne saurait s'identifier, c'est une vieille rengaine.
Etant moi-même un homme, je suis mal placé pour émettre une
opinion personnelle, mais je connais plusieurs femmes qui récusent
fermement l'argument.
Mais à y repenser, je m'aperçois que ce sont, toutes ou presque,
des scientifiques, ou du moins des femmes ayant une formation
scientifique ou technique de niveau universitaire.
Je n'arrive pas à décider si ça m'inquiète, ou si c'est au contraire
assez rassurant, finalement (pour la
science-fiction, j'entends...)