Forum de discussion sur Robert A. Heinlein

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 Post subject: "Facho" ?
PostPosted: 19 Oct 2007, 15:03 
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Citoyen de la Galaxie
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Joined: 30 Sep 2007, 16:57
Posts: 482
Louis Graigh wrote:
Sans doute qu'en France, le terme de "facho" est employé un peu trop facilement,
ou de manière très exagérée.

Oui. C'est clairement devenu une insulte générique, sans grand rapport
avec le concept politique initial, même si elle s'adresse a priori plutôt
à la droite.

Heinlein, lui, prend au contraire le terme « fasciste » dans un sens assez technique,
sans jamais bien sûr le confondre avec "nazi", mais en s'autorisant à distinguer
un « fascime brun » et un « fascisme rouge », auquel il identifie le stalinisme.


Louis Graigh wrote:
Remarquons aussi que, pour la France par exemple,
il y a des gens qui ont lutté contre le fascisme pendant la WWII, ce qui ne les
a pas empêcher de combattre ensuite pour l'OAS. Ils sont donc anti-fscistes
dans certaines circonstances, et fascistes dans d'autres, ou à d'autres moments
de l'histoire, et de leur histoire personnelle.


Uh... il semble évident qu'il y a des fascistes repentis, et probablement
d'anciens antifascistes retournés.

Pour autant, je ne suis pas bien ton raisonnement : on pouvait lutter contre
l'occupant allemand pendant la guerre sans être un anti-fasciste, et pour l'OAS
sans être fasciste : les deux me semblent avoir relevé de visions de la nation
française, sacrée ou pas, jusqu'à Tamanrasset ou pas, aussi souvent que
de celle de régimes politiques particuliers.

(je ne sais pas si c'est le lieu d'en discuter, mais je ne suis pas sûr non plus
que l'OAS ait eu quoi que ce soit de fasciste. De brutal, de factieux, certainement ;
de terroriste, probablement ; mais au-delà ? Pasqua vient encore de s'opposer
au fameux "amendement ADN" au nom de son antifascisme revendiqué...
mais je doute que ce soit à ce titre que le SAC ait combattu l'OAS.)


Louis Graigh wrote:
Il ne serait donc pas forcément complètement absurde que qualifier
tel auteur de "facho" sur certains trucs, et pas sur d'autres, sans être obligé
de lui attribuer, ou de lui retirer définitivement l'étiquette.

Très généralement : d'accord donc pour distinguer des périodes dans la vie
ou les engagements d'un auteur, fascisant à certains moments mais pas à d'autres.
En revanche, compte tenu de la nature strictement totalitaire du fascisme,
subordonnant en principe l'individu à l'État, je vois mal comment on peut l'être
à un moment donné pour certains trucs mais pas pour d'autres.


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PostPosted: 26 Oct 2007, 10:15 
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Space Cadet

Joined: 15 Oct 2007, 09:32
Posts: 40
Si l'on prend une définition stricte du fascisme, tu as sans doute raison, mais je crois qu'en fait c'est assez fluctuant et flou (d'où d'ailleurs les dérives sur l'emploi du terme), et je crois que les attitudes contradictoires sont fréquentes, chez tout le monde, malgré les déclarations de principe. Il y a des démocrates qui pensent qu'une bonne dictature militaire, un petit moment, ça peut arranger les choses, il y a des fascistes qui se disent qu'un peu de démocratie, ça ne ferait pas de mal de temps à autre, etc... c'est en tout cas l'impression que j'ai, quand on discute politique avec un peu tout le monde...
Disons que le fascisme (historique) met beaucoup l'accent sur la chose militaire, et que Heinlein (qui n'est pas fasciste!) met aussi l'accent sur la chose militaire. Différemment, je te l'accorde, mais enfin, on est là sur un terrain... miné.


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PostPosted: 25 Apr 2008, 12:53 
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Citoyen de la Galaxie
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Joined: 30 Sep 2007, 16:57
Posts: 482
Louis Graigh wrote:
Disons que le fascisme (historique) met beaucoup l'accent sur la chose militaire,
et que Heinlein (qui n'est pas fasciste!) met aussi l'accent sur la chose militaire.
Différemment, je te l'accorde, mais enfin, on est là sur un terrain... miné.


Sur le principe, je distinguerais aussi soigneusement le soutien à la "chose militaire"
et le fascisme : quels que soit son organisation et ses idéaux politiques, une société
peut être confrontée à des contraintes extérieures qui l'obligent pratiquement
à se doter d'une armée (ou à disparaître). Et, paradoxalement, si la société
est un tant soit peu démocratique, son armée ne peut pas l'être (la décision
de faire parler les armes revient au peuple souverain, ou à ses représentants,
et ne relève en aucun cas de je ne sais quel débat ou vote parmi les "gens
d'armes", dont l'obéissance au politique est absolument requise, sans discussion ;
inversement, les "corps francs", dont le fonctionnement interne peut être
d'une certaine manière démocratique, sont presque toujours de très mauvais
augure pour les droits démocratiques du reste de la population...).


Mais surtout, pour en revenir à Heinlein, il a une vision relativement aristocratqiue
de l'armée — celle d'un officier qui a prêté serment, très jeune, de défendre
son pays et sa constitution, et ne s'en est jamais tenu pour relevé, mais pour
lequel cette mission passe par une réflexion permanente sur l'état de la
démocratie en Amérique et éventuellement sur la nécessité patriotique de
s'opposer aux pouvoris en place. Il va jusqu'à faire d'un juvenile, La Patrouille
de l'espace,
un plaidoyer pour l'indépendance d'esprit, voire pour la tension
permanente entre discipline et devoir sacré de désobéissance pour un officier
(le nom du lieutenant Dahlquist, désobéissant à ses supérieurs putschistes
dans « La Longue veille », est honoré lors de chaque appel nominatif
au sein de la Patrouille). L'engagement individuel prime le cadrage,
même si la nécessité de celui-ci est assumée.

Il me semble que la vision que tend à promouvori l'idéologie fasciste, à l'inverse,
est plutôt plébéienne : le mythe du chef ne concerne en aucun cas l'officier
subalterne, strict exécutant, mais le(s) seul(s) maître(s) du régime ; les autres
sont juste bons à marcher au pas — et "l'accent" que tu évoques est
surtout sur la prétendue noblesse qu'il pourrait y avoir à ce renoncement
à penser par soi-même... on ne peut pas faire moins heinleinien !


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