Dans
Orphée aux étoiles, Jean-Daniel Brèque voit de «
troublantes ressemblances »
entre
Glory Road (1963) et
The Corridors of Time (1965) de Poul Anderson.
Sans avoir lu ce second roman, je n'en serais pas spécialement surpris : de vingt ans
son cadet, Anderson était un admirateur avoué et un ami de Heinlein, et n'hésitait pas
à s'appuyer sans ambiguité sur certaines de ses œuvres. Ainsi, l'excellent
Opération chaos
(1971,
fix-up de novellas des années 50), que d'aucuns qualifient de "science-fantasy"
est un développement d'une des premières nouvelles de Heinlein, « The Devil Makes the Law »
(1940 ; aussi connue sous le titre « Magic, inc. ») — et qui est probablement elle-même
l'une des sources d'inspiration de
Glory Road, bien plus maîtrisé.
Plus curieusement,
JDB wrote:
Dans les deux cas, nous avons affaire à un personnage masculin viril et imbu
de sa supériorité, qui tombe sous la coupe d'une femme aux allures de déesse qui
l'emmène dans un autre monde, où ils vivent toutes sortes d'aventures. Sauf que,
chez Anderson, le héros apprend bien vite l'humilité et la déesse a des pieds d'argile.
Une chose est sûre en effet : les héroïnes heinleiniennes n'ont pas les pieds d'argile.
(et d'ailleurs, histoire de pinailler, Star n'est aucunement comparée à une déesse,
mais à une simple humaine : Hélène de Troie, celle dont les déesses étaient jalouses...).
Star est une femme politique, impératrice des vingt univers, et l'assume très bien.
Et une combattante redoutable, et une amante, et plein d 'autres choses.
Mais je suis plus surpris par son commentaire sur l'humilité du héros. "Scar" Gordon,
comme son nom l'indique métaphoriquement, est un traumatisé, sinon du Viet-Nâm,
comme John Rambo, du moins de sa campagne comme "conseiller militaire" en Corée [*]
Toute la première partie du roman est une vaste reconstruction de son amour-propre
blessé, délibérée et manipulée par la belle Star. L'inverse exactement d'un apprentissage
de l'humilité, en effet, mais pas parce que le personnage est "imbu de sa supérioritée",
bien au contraire.
L'Œuf du Phoenix retrouvé, le héros enfin capable de s'assumer... prend conscience
du statut social de son impératrice d'épouse, et de sa propre insignifiance relative !
Pour le coup, ça ressemblerait aussi pas mal à une leçon d'humilité !
Et puisque j'en suis à médire des copains (mais pas le même), pourquoi donc ce nouveau
titre de E
n route pour la gloire, messieurs de Folio SF ? Non seulement, le précédent,
Route de la gloire, était bien plus fidèle à l'original,
Glory Road ; mais aussi à la leçon
essentielle du livre : au final, ce n'est pas la gloire qui compte, mais la route elle-même,
le mouvement !
[*]
Scar Gordon wrote:
... et je puis vous assurer qu'au bout de quatre jours, sous ces climats, les cadavres
des conseillers militaires se mettent à répandre une odeur tellement pestilentielle
qu'on jurerait qu'ils ont été tués dans une vraie guerre.