[font=Georgia]Bon, voilà, alors je mets ce message ici, parce qu'il n'aurait pas sa place dans "adaptations", et aurait sans doute été modéré en ce sens. Mais si cela s'avère intéresser quelqu'un, alors que le message soit re-modéré pour le meilleur.
La dernière série en date de l'univers STAR TREK est "ST : ENTERPRISE". Elle remonte aux sources de ST, avant la Fédération, avant StarFleet, mais toutefois, bien sûr, après le premier contact avec les Vulcains, narré dans le long-métrage "FIRST CONTACT" autour de l'équipe de "ST : NEXT GENERATION". Mais bon, on s'en fout, parce qu'on n'est pas sur un forum ST, précisément. MAIS, tout aussi précisément, cette série, que je suis en train de découvrir au compte-goutte (peu de temps libre) me paraît intéressante sur un point : en remontant aux origines, elles met en scène les tâtonnements de l'homme dans son élan vers les étoiles, les hésitations, les erreurs et surtout l'absence quasi-totale de règlements, de procédures, de structures décisionnelles ou hiérarchiques. Le capitaine Jonathan Archer et son équipage donnent l'impression (délibérée, j'en suis bien certain) d'avancer au petit bonheur à la chance, de planète en nébuleuse, et interviennent sans se soucier véritablement des vagues qu'ils vont provoquer (on écoute notre coeur et on verra bien). La première saison est exemplaire en la matière

Tiens, ils sont même encore plus inconscients et audacieux, voire impulsifs et surprenants que ce bon vieux James T. Kirk et ses compères, capables à cinq minutes d'intervalle, du meilleur comme du pire. Je le dis sur le ton de la plaisanterie, mais vous auriez tort de croire qu'il s'agit de tourner la série en ridicule. AU CONTRAIRE ! ST : Enterprise nous donne à voir, en temps réel ou presque, les balbutiements de l'exploration spatiale extra-solaire et les pionniers qui l'animent. Chocs culturels à répétition ! Et c'est très réussi et très émouvant. Au début, on se dit "mais qu'est-ce que..., pfff !", puis, assez rapidement (le quatrième ou cinquième épisode de la saison 1 sur le sanctuaire vulcain est une charnière) on réalise, la larme à l'oeil, qu'ils doivent TOUT inventer, toutes les solutions, tous les comportements, s'adapter et, malgré les erreurs, tenir et avancer. Le choix de Scott Bakula (Code Quantum) pour le rôle du capitaine est une idée de génie : avec le sourire en coin, sa désinvolture goguenargue, il semble tout prendre à la légère et on ne peut pas complètement l'en blâmer. Après tout, tant qu'il n'y a pas de mort d'homme (ou de colon), ce n'est pas grave. Les Vulcains se froissent, à la bonne heure ! Interférer dans les conflits sans en connaître les tenants et les aboutissants, libérer des prisonniers, acheter et vendre de la technologie, c'est le lot du pionnier qui avance sans savoir s'il va croiser une biche ou un ours. Un danger se présente ? On fait face et on se dote fissa des outils et des armes idoines. L'humour sert de masque à l'humanité vibrante qui sous-tend ces épisodes. La fragilité même du proto-starfleet, qui se résume à un seul vaisseau, un seul capitaine, un seul amiral, ressemble à celle des premiers aéroplanes, qualifiés de passe-temps pour riches risque-tout aux premières heures de l'aviation. Les Vulcains n'ont de cesse que de pousser l'humanité au faux-pas, pour la remettre dans sa boite terrestre pour cinquante années encore. Le moindre incident est surexploité en ce sens. Et, on réalise, presque insidieusement, que le vrai message est là : retrouver l'esprit pionnier, libre de tout cadre ou presque. Le sense-of-wonder naïf joue à plein, mais on se surprend à le préférer aux intrigues articielles des séries précédentes où le mariage de la belle-mère d'un ferengi chef de vaisseau klingon avec un héritier okampa ayant bien connu le Divagateur compromet l'alliance entre les Romuliens et les Borgs, le tout sur fond de Symposium interespèces sur le Warp et ses effets déletères sur les nanites intelligentes du quadran Bêta. Mais que fait Picard ?
Bref, il y a du Heinlein quelquepart, des réminiscences de l'histoire du futur, de-ci de-là, chez les scénaristes, la nostalgie de ces premières fusées pilotées par des fous pleins de bon sens, et, surtout, une grande, une immense, générosité. Pas de gagne-petit ou de pisse-froid dans ST : Enterprise ! Même le chef de la sécurité, un anglais, s'assied sur les règlements dès qu'il en a l'occasion, pour voler au mépris de toute logique, au secours de son capitaine, laissant un vaisseau entier sans défense. Worf en aurait avalé son insigne. Pour les fans de l'univers ST on assiste à plein de "premières fois", comme les premiers téléporteurs, les premiers champs de force, les premiers phaseurs, etc. Et on découvre que le "stratch" est d'origine extraterrestre.
Peu de Heinlein, hein ? En apparence, oui. D'où l'auto-placement de ce post en "Washing-HS". Mais, en substance, en revanche, on y est en plein. Coloniser l'espace, repousser les frontières de l'inconnu, ne se fait pas à coups de "Codes", mais au culot : "on n'a pas d'histoire, on vient du fin fond de la brousse galactique, d'un minable petit soleil jaune, mais maintenant qu'on est venu voir jusqu'ici ce qui se passait, on ne va pas s'en aller sans intervenir, ou, à tout le moins, donner notre avis".
Américain ? Anglais ? Français ? Humain ? Heinleinien ?
Make your choice !

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