Je reçois le tout nouveau
Tancrède, une uchronie, d'Ugo Bellagamba,
aux
Moutons électriques. 30€ pour l'édition
harcover limitée (il doit
en rester quelques-uns...), qui les vaut largement.
Le projet est étrange — un roman historique, doint le narrateur est
Tancrède de Hauteville, l'une des figures de la première croisade
qui, avec Gaston de Béarn, offrit la protection de ses couleurs
aux infidèles, lors du sac de Jérusalem. On le suit aux débuts
de la course folle des croisés lorsque, jeune officier intransigeant,
il commente les erreurs politiques de ses aînés (l'auteur n'est pas
pour rien historien du droit et des idées politiques...), leur cynisme
et leurs débauches. Puis, avec les allégeances de Tancrède, tout
bascule : s'il s'oppose bien aux brutalités de Baudouin à Jérusalem,
ses motivations ne sont déjà plus celles d'un prince chrétien :
on a glissé dans l'uchronie, avec, une fois n'est pas coutume,
un point de divergence psychologique, voire mystique.
A partir de là, ce sont les subtilités politico-diplomatiques
du camp arabe que l'on observe — on pense au superbe
Les Croisades vues par les arabes, d'Amin Maalouf. Mais
ce serait mal connaître l'animal bellagambé que d'imaginer
qu'il pourrait se contenter de ce retournement. Après le roman
historique rigoureux et l'uchronie érudite, c'est un glissement
vers le steampunk qui nous attend, et l'on se prend à rêver
à d'autres uchronies, à une ère moderne qui aurait fait
l'économie de l'inquisition...
