Anouk wrote:
un article passionné de Jean-Louis Lambert, qui cible son hommage justement sur
Ce que pensait Roger et ses problèmes de réception en France, où cultures littéraires
et scientifiques s'ignorent,
«
Peut-on « parler scientifique » dans un roman publié en France ? » se demande l'auteur
de cet article...
Bonne question et, assez généralement, je suis plutôt d'accord avec son analyse.
Sauf que...
Je ne suis pas sûr qu'Updike soit l'auteur idéal à l'appui d'une telle charge.
Comme souvent avec les œuvres un peu complexes, faisant intervenir plusieurs
niveaux de lecture, on n'est jamais trop sûr de les avoir tous explorés, et quelques
phrases peuvent en inverser la perception.
Lambert, visiblement, prend les éléments scientifiques de
Ce que pensait Roger
assez au sérieux. Il semble considérer que c'est leur justesse même (ou plutôt celle
de la langue à l'œuvre) qui est à la base des problèmes de réception du roman en
France, comme c'est souvent le cas d'œuvres aux marges de la science-fiction.
Pour moi, il faut toutefois faire la part de l'ironie d'Updike. Ni Roger ni son étudiant
ne sont vraiment des scientifiques, et ils ne comprennent en fait pas grand chose
à ce qu'ils racontent eux-mêmes. Lorsqu'un authentique scientifique intervient,
très brièvement, il dégonfle toute l'affaire comme une baudruche
Reste alors ce que souligne Lambert, le travail sur le jargon scientifique — mais assez
distancié, du coup, me semble-t-il, pour faire de
Ce que pensait Roger un roman
post-moderne (intelligent et informé, certes ; mais post-moderne quand même...).
Et
ceux-là sont au contraire plutôt bien reçus des gens comme il faut en littérature....