J'ai finalement craqué, et me suis offert un exemplaire de l'édition
"à la cariatide" de
Stranger in a Strange Land (Putnam, 1961).
Le rabat de quatrième explique :
Quote:
Dilplômé en 1929 de l'Académie Navale des Etats-Unis, où il avais acquis
une spécialité en sciences navales, M. Heinlein a pris sa retraite de la Navy
pour raisons médicales en 1934. Après cela, il a étudié les mathématiques
et la physique en maîtrise [graduate school] à UCLA. Pendant la seconde
guerre mondiale, il était ingénieur à la Naval Aircraft Factory.
Tout cela est vrai, et pourtant... Si Heinlein a effectivement rejoint la prestigieuse
UCLA en 1934, il y est resté moins d'un semestre — probablement, d'une part,
parce qu'il s'est aperçu que sa formation d'ingénieur militaire, très appliquée,
ne l'avait pas vraiment préparé à la toute jeune physique atomique des années
30, abstraite et ultra-formalisée (il y a quelques passages assez drôles sur la
question dans
Rocket Ship Galileo et dans
The Rolling Stones) ; mais surtout,
d 'autre part, parce que le diplôme d'Annapolis n'était pas formellement équivalent
à une licence, et qu'il aurait du mal à faire valider son inscription par UCLA.
Il y reviendra courageusement, trente-cinq ans plus tard, après une autre
convalescence, et se refera une vraie culture en physique moderne avant
d'entrer dans sa période "quantique" avec son « Paul Dirac » et, surtout,
le cycle du
Monde comme mythe.
Mais pourquoi donc une telle référence à UCLA, discutable au moins, dans
un livre de 1961 dont le thème n'a strictement rien à voir ni avec les
mathématiques, ni avec la physique ? A ce stade, la réputation de Heinlein
est solidement établie, il n'a plus grand chose à prouver... Coquetterie
d'auteur ? Caprice d'éditeur ? Ou indice d'une frustration plus profonde
qu'il n'y paraît ?
