Louis Graigh wrote:
Il y a aussi le fameux "Nous autres civilisations savont désormais
que nous sommes mortelles" (ou à peu près ça), mais c'est Valéry
et ça date de 1919. Dommage, ça collerait bien pour la bombe atomique...
Il me semble que ce sentiment est permanent chez Robert Heinlein
— mais je ne suis pas sûr que ce soit essentiellement lié à la bombe,
qui ne fait que procurer un moyen d'autodestruction particulièrement
rapide et efficace (certes appelant de ce fait des réponses spécifiques).
Il est né à Butler, une petite ville du Missouri ravagée à peine quarante
ans plus tôt par la guerre de sécession (en d'autres termes, celle-ci était
aussi proche de lui lors de sa formation d'adulte que peut l'être Hiroshima
pour nous). Gamin, il jouait avec des liasses de billets de $100...
de l'argent confédéré, sans valeur. On fait difficilement mieux comme
leçon sur la fragilité des civilisations et de leurs symboles !
Adolescent, il a été marqué par la lecture de Darwin — là encore,
l'application aux civilisations est immédiate. Pour lui, la démocratie
n'est jamais une évidence et, si elle n'est pas prête à défendre ses
valeurs, ses ennemis sont à l'affut qui n'hésiteront pas à lui appliquer
la plus féroce des sélections naturelles. Dans sa jeunesse, l'évidence
directe en est offerte part la montée du nazisme et du stalinisme...
C'est d'ailleurs, chez Heinlein comme chez Asimov, l'un des arguments
les plus forts en faveur de la colonisation de l'espace : si la civilisation
terrienne est mortelle, autant s'assurer qu'elle ne se confond pas
avec toute civilisation
humaine !