Anouk wrote:
Ce n'est pas une nouvelle que j'aime beaucoup,
notamment parce qu'elle commence lentement.
Tu rejoins la critique de Panshin, qui ne supporte pas l'accélération
du texte, d'un démarrage en effet assez lent jusqu'à une aventure
lunaire complète bouclée en quelques paragraphes à la fin.
C'est peut-être le texte le plus difficile de Heinlein, dans la mesure
où il donne libre cours à un discours ouvertement raciste (au sens
de la "race humaine" !) et à la limite du fascisme de la part d'un
personnage
a priori positif, Kettle Belly Baldwyn (le futur "patron"
de
Vendredi). On n'est pas dans un
juvenile : pas de vieux
sage pour remettre le lecteur sur les rails, il doit s'en apercevoir
tout seul, notamment en interprétant les actions et les réactions
de l'espion — qui ne peuvent évidemment être ostensibles.
La question dérangeante de base est donc discrète au possible :
qui manipule qui ? Baldwin, le Grand Chef, l'Homme Supérieur
autoproclamé ? Ou son pigeon présumé/contre-espion infiltré ?
La réponse, en revanche, est essentielle et change complètement
la lecture de la novella.
Le rôle de cette longue entrée en matière, centrée sur l'espion,
est donc double, à mon sens : établir (avec la scène finale)
qu'il ne peut s'agir d'un personnage secondaire, d'une part ;
et qu'il est parfaitement compétent et maître de lui-même
d'autre part : à partir de là, s'il commet une "erreur" grossière
— et il y en a à la chaîne dès qu'il n'est plus seul — on est fondé
à se demander s'il ne le fait pas exprès.
Il me semble que cela n'aurait pas été le cas si l'action avait
démarré
in media res, comment aiment à dire Horace et Ugo.
Au passage, tu noteras la symétrie avec
Vendredi : longue scène
d'exposition mettant aussi en scène un "courrier de combat",
mais bourrée d'action dans le second — ce qui est rigolo, mais
aussi une preuve d'incompétence pour une "professionnelle"
de la discrétion... Même problématique, mais inversée :
le personnage de Baldwyn est tracé à beaucoup plus gros
traits, on a des "sages" pour souligner les dérives de ses "idéaux",
qui ont d'ailleurs échoué, et il ne s'agit plus de montrer qu'un
"simple" humain vaut bien un "surhomme", mais au contraire
qu'une "surfemme" est aussi une simple humaine, hautement
faillible...
(*)
(*) Je ne dis pas ça pour toi, Vendredi !