Difficile, en un sens, de faire moins Heinleinien que Greg Egan (1961— )
— l'un n'avait de cesse de s'engager dans la Cité quand l'autre est discret
au point qu'on a pu douter de son existence (la rumeur d'un pseudonyme
collectif a couru un temp) ; l'un bâtit un cycle de référence quand l'autre
privilégie les
single-shots, etc.
Dans l'esprit, pourtant, le rapport à la science-fiction, et plus encore
à la science, est le même.
Sans que son influence soit bien sûr (encore ?) aussi profonde que celle
de Heinlein, l'apparition d'Egan sur la scène littéraire, au début des années
90, fut presque aussi fracassante que celle de Heinlein avant guerre, et
a nettement réveillé le genre. La décennie précédente, pour celui-ci, avait
été celle du corps à corps avec la mécanique quantique (
The Number
of the Beast, The Cat Who Walks Through Walls...) : c'est Egan qui reprend
d'entrée le flambeau, avec un texte aussi remarquable que
Quarantine
(
Isolation, 1992) — pas mal, pour un premier roman (*)
C'est aussi un vulgarisateur vulgarisateur passionné — mais ses outils sont
différents : là où Heinlein publie un « Paul Dirac, Antimatter and YOU! » dans
l'
Encyclopedia Britannica, Egan s'installe sur le net, et y offre en libre accès
de petites simulations fort réussies, comme celles sur les
orbites périodiques
dans les systèmes géométriques simples, mais à plusieurs variables, ou les
vitesses de groupe supraluminiques.
Le Bélial a eu la bonne idée d'entreprendre une édition française de l'intégrale
des nouvelles de Greg Egan :
(*) de SF. Sa biblio inclut un
An Unusual Angle de 1983 "hors genre",
dont je ne sais rien...