Vendredi wrote:
J'ai déjà vu des astronautes faire la même chose. Pas la peine d'être une danseuse !
Et je trouve que la course des astronautes sur la lune est une chorégraphie mille fois
plus intéressante pour évoquer la gravitation universelle !
Entièrement d'accord avec ça. Et
STARDANCE EST UN ROMAN MINABLE
(ouf ! ça fait du bien !)
Je suis bien persuadé qu'il existe des émotions particulières liées à la vie
dans l'espace et à la chute libre, et qu'elles donneront un jour lieu à des
œuvres d'art majeures. De la danse ? Pourquoi pas, entre autres ! Dans
The Cat Who Walks Through Doors, Heinlein lui-même imagine un ballet
en faible gravité sur le
Midsummer Night's Dream, que « Shakespeare
aurait adoré ».
Mais le préjugé selon lequel les « artistes » patentés seraient
a priori plus
aptes que les autres (que moi, par exemple !) à ressentir et à faire partager
ces émotions nouvelles m'agace assez vite.
Il me semble que l'histoire suggère nettement l'inverse : à expérience nouvelle,
à émotion nouvelle, nouvelles formes d'expression. En matière de littérature,
la SF est souvent dans ces avant-gardes, mais je pense aussi bien aux ingénieurs
de Vinci, Niepce ou Ferrari ou, comme tu le suggères, aux danseurs Armstrong,
Aldrin et consorts... Ensuite seulement, quand le véritable travail de création,
d'accouchement d'une forme esthétique nouvelle, est pratiquement achevé,
vient l'édit des critiques d'art qui le déclare trivial, voire vulgaire, négligeable
en un mot, et couronne le Véritable Artiste assez malin pour se l'approprier,
avec la pose postmoderne convenable.
Rien n'empêche bien sûr que le pionnier soit aussi un grand artiste
— mais Léonard est ici l'exception plutôt que la règle.
En l'occurrence, mon intuition est que les gens les plus profondément
émus par le concept d'apesanteur ont de bonnes chances de se trouver
parmi les astronautes, ingénieurs, et autres personnels en relation
directe avec l'espace : ils s'en sont depuis longtemps approché autant
qu'il leur était possible ; et que lorsqu'une telle motivation irrépressible
sera conjuguée à un réel talent artistique, même modeste, de grandes
choses en résulteront plus certainement qu'en satisfaisant d'un coup
de baguette magique le fantasme conceptuel d'un "artiste" à la passion
pour l'espace plus anecdotique.
(je ne conteste pas le fait que les même qualités qui font un grand
danseur sont probablement essentielles dans l'espace — je dis seulement
que le passionné d'espace qui les possède a plus de chances de se trouver
dans le corps des astronautes de la NASA, dont le recrutement est
assez diversifié, que dans la troupe de Jeanne Robinson...).
D'autre part, à tout prendre, si l'on ne veut pas laisser faire le caprice
des Muses, il me semble que, plutôt qu'une danseuse professionnelle
(au sens du bon artisan, mais aux compétences accessibles à beaucoup
avec assez de temps et de sueur), il est plus logique de proposer
l'expérience à des gens au talent vraiment unique en rapport avec
la gravitation — je pense par exemple à Stephen Hawkins, qui a eu
la même chance. A quand le tour de sir Arthur ?