Louis Graigh wrote:
Disons que le fascisme (historique) met beaucoup l'accent sur la chose militaire,
et que Heinlein (qui n'est pas fasciste!) met aussi l'accent sur la chose militaire.
Différemment, je te l'accorde, mais enfin, on est là sur un terrain... miné.
Sur le principe, je distinguerais aussi soigneusement le soutien à la "chose militaire"
et le fascisme : quels que soit son organisation et ses idéaux politiques, une société
peut être confrontée à des contraintes extérieures qui l'obligent pratiquement
à se doter d'une armée (ou à disparaître). Et, paradoxalement, si la société
est un tant soit peu démocratique, son armée ne peut pas l'être (la décision
de faire parler les armes revient au peuple souverain, ou à ses représentants,
et ne relève en aucun cas de je ne sais quel débat ou vote parmi les "gens
d'armes", dont l'
obéissance au politique est absolument requise, sans discussion ;
inversement, les "corps francs", dont le fonctionnement interne peut être
d'une certaine manière démocratique, sont presque toujours de
très mauvais
augure pour les droits démocratiques du reste de la population...).
Mais surtout, pour en revenir à Heinlein, il a une vision relativement aristocratqiue
de l'armée — celle d'un officier qui a prêté serment, très jeune, de défendre
son pays et sa constitution, et ne s'en est jamais tenu pour relevé, mais pour
lequel cette mission passe par une réflexion permanente sur l'état de la
démocratie en Amérique et éventuellement sur la nécessité patriotique de
s'opposer aux pouvoris en place. Il va jusqu'à faire d'un
juvenile, La Patrouille
de l'espace, un plaidoyer pour l'indépendance d'esprit, voire pour la tension
permanente entre discipline et devoir sacré de désobéissance pour un officier
(le nom du lieutenant Dahlquist, désobéissant à ses supérieurs putschistes
dans « La Longue veille », est honoré lors de chaque appel nominatif
au sein de la Patrouille). L'engagement individuel prime le cadrage,
même si la nécessité de celui-ci est assumée.
Il me semble que la vision que tend à promouvori l'idéologie fasciste, à l'inverse,
est plutôt plébéienne : le mythe du chef ne concerne en aucun cas l'officier
subalterne, strict exécutant, mais le(s) seul(s) maître(s) du régime ; les autres
sont juste bons à marcher au pas — et "l'accent" que tu évoques est
surtout sur la prétendue noblesse qu'il pourrait y avoir à ce renoncement
à penser par soi-même... on ne peut pas faire moins heinleinien !