Jolie introspection de Fabrice Colin, ces jours-ci, en Une du Cafard cosmique :
Esthétique du lâcher-prise. Sacré titre, aussi. L'animal sait écrire !
Fabrice Colin wrote:
La vérité, suis-je en train de comprendre, c’est que depuis mes 18 ans, j’ai cessé
de prendre la SF au sérieux, et que je n’ai fait que m’en gaver avant cela. Trop tard
à présent pour les exercices de gourmet : trop besoin de style et, au-delà du style,
d’une qualité — appelons cela la grâce ? — dont, sans jamais les avoir lus, je sais
Asimov ou Heinlein, et Theodore Roszak, pendant que nous y sommes, radicalement
dépourvus. Donc, je ne lis pas (plus) de SF depuis Dune (une fantasy métaphysique
dans l’espace). Et j’ai la nette impression que la plupart de mes copains écrivains
du milieu — la génération Star Wars, blasphème archétypal du genre — ne sont pas
plus portés que moi sur la chose.
C'est sans doute l'une des expressions les plus honnêtes du rapport du milieu de la SF
française à Heinlein que j'ai lues. Le pire, c'est qu'il n'a pas entièrement tort. Il y a
dans les textes de Heinlein quelque chose — appelons cela une magie ? — qui marche
à tout coup ou presque sur moi et, je le sais, plusieurs autres membres de ce forum.
L'expression littéraire, peut-être, d'un rapport particulier au monde qui a fait de
moi un "scientifique" plutôt qu'un philosophe ou un écrivain, d'une jubilation
intellectuelle que je ne retrouve guère aussi intense, sinon, que sous les plumes
d'un Galilée ou d'un Feynman. Fabrice, apparemment, n'y est pas sensible,
et l'assume assez bien. Pourquoi donc faut-il que, de mon côté, j'éprouve aussi
la nostalgie d'une "grâce" stylistique que la science-fiction n'a jamais su s'attacher ?